En chinois, le thé se dit 茶 (chá).
Il y a un autre caractère qui lui ressemble énormément, c'est 荼 (tú). Celui-ci est une plante amère à tel point qu'on dit 荼毒 (túdú), pour parler de grandes souffrances physiques ou morales infligées à un peuple, 毒 signifiant poison, cruauté.
Il m'arrive parfois d'hésiter entre 茶 et 荼, l'espace d'une seconde.
Il faut dire que, du temps de Shuowen, 茶 n'existait pas, on l'écrivait 荼, plante amère, et prononçait tú. Puis, au cours des siècles, autour de l'époque Tang, 荼 a acquis une deuxième prononciation chá. Encore plus tard, 荼 est emprunté pour 荼毒, on a alors retiré un trait pour le thé, donnant la forme actuelle 茶.
Mais on hésitait quelque temps entre les deux formes. Sur la gravure Tang ci-dessous, 4e colonne à partir de la gauche, on voit 荼山詩 et non 茶山詩 :

La forme actuelle 茶 semble s'être imposée après la parution d'un célèbre traité sur le thé, par 陆羽 (Lu Yu), 733-804, spécialiste incontesté du thé, dynastie Tang.
De nos jours, certaines expressions contenant 茶 conservent une variante historique avec 荼. Mais ces variantes sont mal gérées dans les dictionnaires.
Par exemple, les dictionnaires nous apprennent que 茶毗 (chápí), crémation des religieux, se dit aussi 荼毗 (túpí). C'est ignorer que ce mot vient du pāli jhāpeti, que cela n'a donc aucun sens de prononcer túpí. Il faut prononcer à l'ancienne chápí même si l'on écrit 荼毗.
Pour terminer, signalons que 荼 est aussi une fleur blanche d'une espèce de vivace herbacée. C'est dans ce sens qu'on dit 如火如荼 (rúhuǒrútú), [rouge] comme le feu, [blanc] comme la fleur 荼. C'est tiré d'un texte classique racontant la scène grandiose de trois groupes de 10000 soldats, entièrement en blanc, rouge et noir. Par la suite, l'expression s'applique à quelque chose qui fait rage (bataille, incendie, polémique...)